Mémoires toxiques

Retrouver ces gestes quotidiens qui réveillent les mémoires toxiques.

C’est au coeur du quotidien que se nichent tous les gestes anodins, réveillant les mémoires toxiques, et qui ramènent, de façon très subtile, aux anciennes programmations. Ce sont des gestes très anodins qui, inconsciemment, sapent le travail de changement qu’on souhaite engager pour faire évoluer nos conditionnements.

Une vérité : l’inconscient a horreur du changement. Il se sert du mental, son bras armé, pour ramener l’être à ses anciens fonctionnements.

« Mais pourquoi l’inconscient a peur du changement ? »

Pour simplifier en s’aidant d’une métaphore : l’inconscient est comme un logiciel directeur. L’enfant, de 0 à 7 ans, va le programmer avec des informations qu’il reçoit de son entourage et qu’il va cuisiner à sa sauce, avec son esprit d’enfant. Informations qui répondent essentiellement à cette grande question qui taraude tous les êtres, et ce, parfois jusqu’à leur mort : « Qui suis-je ? »

L’enfant, de 0 à 7 ans, est une éponge qui absorbe tout. Guidé par ses besoins vitaux, dont l’amour est le plus fondamental, il est en exploration permanente de ce qu’est la Vie. Donc en permanence face à la nouveauté, il ne cesse de découvrir et d’absorber tout, sans faire de tri sélectif. Quand, tout à coup, l’adulte, sensé être un guide éclairé, le nourrit de qualificatifs négatifs, l’enfant les accueille comme des vérités, surtout s’ils sont répétés à l’envi. Un enfant n’est qu’amour. Quoiqu’il vive, quoiqu’il subisse de ses parents, il les aime, et il les protège. Contre tout, contre tous, contre le regard extérieur porté sur eux, et, au-delà de tout, s’il le faut, contre lui-même. A aucun instant, il ne peut accepter l’idée de penser, ni d’agir, contre eux.

Les « tu es nul(le) », « tu es stupide », « tu ne sauras jamais rien faire », « tu es méchant(e) », « tu es moche », « tu gâches la vie de tout le monde », « t’aurais jamais dû naître ! », (et je reste très sage dans les mots et expressions !) ainsi que tous les gestes qui souvent les accompagnent, sont accueillis comme des réponses tangibles à la question « Qui suis-je ? ». Car l’enfant ne juge pas ce qu’on lui dit, ni ce qu’on lui fait. Une seule chose compte, sur l’instant : on lui apporte une réponse !

Quand il va se trouver en d’autres occasions, en classe, dans ses activités extrascolaires, ou à d’autres moments de sa vie, il suffit qu’on l’affuble à nouveau de propos négatifs (et on sait à quel point l’enfance peut être un monde cruel) et que ceux-ci résonnent avec ceux déjà entendus de la bouche des adultes « guides », ils vont se graver comme de véritables lois sur le logiciel qu’est son inconscient.

Après l’âge de sept ans, il va devoir faire le choix parmi tout ce qu’il a stocké, tout ce qu’il a vécu, enregistré et surtout ce qu’il a gardé, gravé sur le logiciel, durant ces sept années.

Et c’est là que se cachent les germes des mémoires toxiques.
Quand le préadolescent va se trouver face à une situation inconnue, la première émotion qui va monter, naturelle, saine, pleine de bon sens, il ne va pas la reconnaître, parce qu’il ne l’a jamais vécue avant. Et même s’il la vécue, avant l’âge de 7 ans, ses dispositions intérieures ont tellement évolué que c’est presque comme s’il était un autre. Cette émotion, qui dure quelques secondes, va engendrer des sentiments. Sentiments à la hauteur de l’incompréhension qu’il a pu vivre sur l’instant. En liaison permanente avec son logiciel, l’inconscient, celui-ci ne reconnaissant pas la situation et sentant le déséquilibre du préado, va envoyer son meilleur soldat, le mental, lui rappeler toutes les vérités qu’il avait gravées avant l’âge de 7 ans.
L’inconscient ne lui veut pas de mal, tout comme le mental, ils agissent simplement comme les garants des informations stockées ! Et ils vont se battre pour ramener l’enfant à ses anciennes croyances. Parce que ces croyances, pour l’inconscient et le mental, ce sont comme des ordres à respecter !

Si l’enfant a cru à tout ce qu’on a pu dire de lui, et que, tout à coup, il découvre de nouvelles dimensions de perceptions de lui-même, alors il change de paradigme et, de fait, modifie son fonctionnement intérieur, ce qui va à l’encontre de ce qui était programmé avant.
Là, l’inconscient intervient et, par le biais du mental, lui rappelle qui il est !
Pour l’aider, il lui fait faire un voyage dans le temps, afin qu’il se retrouve dans les mêmes dispositions qu’au moment où il gravait, sur le fameux logiciel, ses fausses croyances.
Et des moments identiques, au fur à mesure qu’il a grandit, il en a vécu plein ! Comme des maillons d’une chaîne qui se réinventent de façon cyclique.
Si la croyance a été gravée, enfant, dans son inconscient, elle s’est progressivement incarnée dans son corps, puis dans ses gestes, jusque dans ses plus subtiles expressions.

C’est ainsi que, tel un livre ouvert, chacun expose, à qui sait lire les corps, son histoire, à travers ses gestes inconscients, ses attitudes réflexes, sans qu’il n’ait besoin de rien exprimer avec son visage, et encore moins avec ses mots.

Je voudrais citer l’exemple d’une personne avec qui nous avions vécu un accompagnement individuel et qui avait trouvé de nombreuses réponses éclairant une véritable libération.
Après cinq jours passés ensemble, elle rentre chez elle et retrouve son quotidien qui, tout à coup, reflète sa vie d’avant l’accompagnement, son monde d’avant ce profond changement intérieur.

Elle a envie d’un café. Elle prépare la cafetière et, déjà tout heureuse de s’accorder un petit moment de plaisir, cherche le café. Le placard où se trouve le café est excentré par rapport à la cafetière, premier étonnement. Puis, elle réalise, un peu surprise, qu’elle doit déplacer le paquet de sucre qui est devant pour pouvoir l’attraper. Sucre, d’ailleurs, dont elle ne se sert plus, puisqu’elle a arrêté d’en consommer depuis plusieurs mois. Avoir ce paquet dans les mains, dont elle ne sait quoi faire, la contrarie quelque peu. Et, en attrapant le paquet de café, sans le faire exprès, (bien évidemment !!) elle fait tomber le paquet de farine qui était calé juste au-dessus d’une boite sur le côté, mais mal fermé. Le paquet s’éventre et de la farine s’envole partout, sur le plan de travail, sur le sol de la cuisine, et sur elle également. Tout à coup, l’aventure très plaisante de déguster un café prend une tout autre tournure. Ce qui devait être plaisir devient une vraie galère !

Et, tout à coup, ce petit événement anodin lui fait faire un voyage dans le temps. Comme s’il la projetait dans le passé, à un même moment déjà vécu de la même manière, surtout à une même émotion chargée de mêmes sentiments.
C’était, il y a quelques mois, elle avait fait ce geste, ce même geste ! Et elle avait déjà pesté contre ce café inatteignable, contre ce meuble mal rangé, contre cette difficulté à vivre même un moment aussi simple que de faire un café !!
Et elle s’était écroulée en larmes, de dépit, parce qu’à ce moment-là, elle venait de vivre réellement un événement très douloureux : une rupture sentimentale doublée de la perte d’un travail… plus qu’un échec, une dévastation…
Et elle s’était étalée sur sa vie. Elle en avait déduit qu’elle était vraiment nulle, incapable d’aimer ni d’être aimée, qu’elle n’avait vraiment pas de chance, qu’elle ne savait rien faire correctement, qu’on ne pouvait pas lui faire confiance, qu’elle n’arrivait à rien, et n’arriverait jamais à rien, etc.

Et, là, devant le meuble, couverte de farine, le paquet de café dans une main, le paquet de sucre dans l’autre, impotente, elle fait des liens avec les différents domaines de sa vie :

– Professionnel : elle s’ennuie au travail, ses collègues ne sont pas sympas avec elle ; elle n’obtiendra pas la promotion envisagée, elle ne sera encore pas augmenté cette année… ;

– Privé : des relations compliquées, sinon détestables, avec ses parents,

– Intime : toujours célibataire, elle n’arrive pas à rencontrer les bonnes personnes, elle se fait toujours avoir, ça ne se passe jamais bien, etc.

Et pourtant, il y a deux jours à peine, elle terminait un accompagnement individuel qui s’était merveilleusement passé, où elle avait trouvé tant de clés pour modifier ce qui devait l’être, où elle avait compris tout ce que son enfant intérieur avait créé comme fausses croyances et comment elle pouvait les changer, comment elle pouvait consoler cet enfant, le protéger, et surtout le laisser libre de changer de regard sur son vécu, de changer ses croyances !


Elle avait compris qu’elle devait changer de travail. Que si elle se plaignait de ce qu’elle vivait, ça n’était de la faute de personne, c’était simplement qu’elle n’était pas à sa place. Et elle avait réalisé vers quoi elle devait se diriger, et elle en était très heureuse !
Pour son rapport avec ses parents, elle avait compris que c’était elle qui compliquait tout, qu’elle devait se mettre à leur portée, qu’elle ne les écoutait pas pour qui ils étaient véritablement. Elle avait accepté l’idée que c’était elle qui les avait choisis !! Et elle en était également très heureuse et libérée.
Quant à son monde intime, ses relations avec les hommes, tout pareillement, elle avait réalisé qu’elle se mettait une pression terrible parce qu’elle avait peur de n’être jamais à la hauteur. Et comme la peur est souvent corollaire à nos plus grands désirs, inconscients (!!),
elle mettait toujours tout en place pour compliquer ses relations et donc, rencontrer les personnes qui allaient répondre à ses attentes (inconscientes !!!).
C’est donc pour cela que, fort déstabilisée, elle m’avait appelé.
Et nous avions refait la trajectoire, revisité chaque instant en y accordant une attention toute particulière.
Et elle avait ri ! Elle avait ri de cette programmation dans laquelle elle se noyait toute seule !
Elle avait réalisé que ça n’était pas la première fois que ça lui arrivait !! Combien de fois avait-elle déjà pesté sur ce café toujours compliqué à trouver ?! Combien de fois, s’était-elle dit qu’elle devait lui trouver une autre place ?! Combien de fois, ça lui avait gâché le moment de boire un café ?! Et pourtant, elle avait continué à le ranger ainsi !
Par habitude… Par conditionnement, elle allait même jusqu’à déplacer le paquet de sucre et mettre le paquet de café derrière !!
Elle décida, suite à notre entretien, de tout transformer dans son appartement, pour ne plus avoir à refaire de mêmes gestes soulevant ses mémoires toxiques. Une transformation intérieure entraîne inévitablement un changement extérieur. D’abord dans la matière, le lieu où l’on vit. Car, faisant le monde à son image, si les changements ont été profonds en notre être, ils ont besoin d’être incarnés dans le visible autour de nous.
La conscience grandit dans l’écoute que l’on a de chaque instant, le plus infime.
Une règle, simple : dès que l’on sent un désagrément, même le plus infime, comprendre pourquoi, et changer ce qui doit l’être, ce qui peut l’être, sur l’instant.

Ce ne sont pas de petits gestes qu’on corrige,
ce sont des mémoires qu’on transforme.

Dominique LOQUIN

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