La douleur

La douleur est une manifestation si subjective que sa définition est difficile.
D’un point de vue physiologique, la perception de la douleur émerge d’un système sensoriel spécifiquement chargé de conserver l’intégrité corporelle : la nociception. Elle est considérée comme un système d’alarme qui protège l’organisme : elle déclenche des réponses réflexes et comportementales dont la finalité est d’en supprimer la cause et, par effet concomitant, d’en limiter les conséquences. Je vais tenter d’exposer un point de vue, né du bon sens, et confirmé, dans les faits, auprès de toutes les personnes avec qui j’ai pu travailler depuis trente ans.
Mais commençons par le commencement…

Depuis la phase embryonnaire de l’Être, tête et corps ne font qu’un, et participent à la création de toutes les mémoires. Durant les sept premières années, ainsi qu’une éponge, le Corps de l’Être se gorge d’une incroyable quantité de mémoires, emplissant le conscient comme l’inconscient. Passé ce temps, le cycle d’absorption s’achève. Le temps est venu pour l’Être de se construire. L’Être se voit alors contraint de puiser dans toute cette matière amassée et d’y faire ses propres choix pour continuer à évoluer. Un dialogue s’installe alors entre tête et corps, créant une dissociation entre ces deux puissances. Car ce sont bien deux puissances, à part entière, qui vont devoir vivre ensemble désormais, et ce, grâce à un sens au-dessus des sens, aussi mystérieux qu’illimité, l’Écoute.

Le corps porte en lui notre histoire par le biais de toutes les mémoires, sensorielles comme extrasensorielles, toutes ces informations signifiantes qui ont attiré notre attention ainsi que tous les autres stimuli de manière non sélective ou inconsciente.
La douleur
La tête, que je résumerais comme un mélange d’esprit, d’intelligence et de mental, est liée au corps qui possède également son propre cerveau, donc sa propre intelligence. Ils font partie de cet ensemble indissociable qu’est le Corps de l’Être humain.
Un dialogue permanent existe ainsi entre le corps et la tête : le corps envoie des messages pour avertir de ses besoins physiques comme physiologiques, pour solliciter telle action ou telle réaction.

Le but de tout Être, passé l’âge de sept ans, est de retrouver ce premier niveau d’unité qu’il connaissait avant. La notion d’unité sera interrogée plus tard, dans un sens philosophique, quand l’Être approchera, s’il l’aborde, le monde de la spiritualité où on envisage l’unité en réponse à la dualité du corps et de l’âme.
Mais ce premier niveau d’unité, si j’ose dire, ne peut se faire que par ce sur-sens : l’Écoute.

Sans Écoute, ces deux puissances vont lutter, l’une contre l’autre, et engendrer moult souffrances physiques, psychiques et psychologiques, en modifiant les états d’âme de la personne qui seront alors créateurs d’un quotidien de plus en plus éprouvant.
Le corps organique est la première victime de ce manque d’Écoute, par l’expression de déficits d’énergie provoquant, à terme, douleurs et souffrances, tant d’ordre physique que psychologique.


Car c’est devant la non-Écoute de l’Être, sourd à tous ses appels, que le corps va créer des signaux de plus en plus forts. Et il va utiliser la douleur, ainsi qu’une sirène d’urgence, pour tirer un signal d’alarme.
Une douleur peut être le résultat d’un faux mouvement, d’une chute, d’un coup qu’on reçoit ou qu’on donne, d’un choc, etc. Elle a une réalité tangible sur l’instant car on peut en expliquer la raison. Si la douleur perdure, elle a alors besoin du mental pour exister, et là, nous entrons dans une autre dimension de la douleur. Elle peut être également le résultat d’une émotion qui a engendré un sentiment. Et ce sentiment va nourrir ensuite une ou plusieurs pensées. Qu’elles soient fondées ou non, et peu importe leur nature, ces pensées vont prendre de la place dans l’espace du corps, et si elles ne sont pas exprimées afin d’être expulsées de l’espace physique, elles vont s’installer à plus long terme dans le corps, car elles n’ont pas le choix.

Ainsi, la douleur peut naître d’un événement, soit vécu dans la chair, soit dont on a été témoin, mais qui a laissé, dans le corps et dans la tête, un lot de sensations contraires qu’on n’a pas su, pu ou voulu, assumer, regarder en face, comprendre. Ou même dont on a refusé de se libérer et qui, n’ayant pu être extériorisée
d’une quelconque manière, n’a pas eu d’autre choix que de s’enkyster dans un endroit de notre corps, là où il y avait une place.

La douleur est une architecture savamment composée par tous ces passés, réels ou inventés, qui se sont imbriqués les uns dans les autres, toutes ces croyances aveugles, ces fantasmes refoulés, ces envies inavouables, ces actes terribles, ces violences, ces maux d’amour, ces mots d’enfant, de notre Enfant Intérieur qui croit, vérité ou invention totale, qu’il n’a jamais été écouté, aimé, reconnu pour qui il était. En un mot : abandonné. Et cet édifice a besoin d’une place où enterrer ses fondations.
Comme la nature a horreur du vide, la douleur va s’installer dans le corps, précisément là où l’énergie ne circule plus. Chaque pensée remplace ainsi un vide énergétique. Car la pensée crée de l’énergie, qui peut être positive comme négative, ainsi que de l’énergie électrique. Et comme le corps la vit comme un élément étranger, il souhaite s’en débarrasser et, pour ce faire, ne cesse d’envoyer des messages à la conscience de la personne. Mais quand celle-ci reçoit ces appels, elle ne les vit pas comme des messages qu’on lui envoie, mais bien comme de mauvaises pensées, resurgissant du passé, qu’elle a très vite envie d’oublier. Et le corps, lui, inlassablement se répète ! Ce qui a le don de créer de la tension, de faire revenir un mal-être, trop connu, accompagné d’autres pensées négatives, et donc d’amplifier la souffrance.
La pensée, comme le dit bien l’expression, va « prendre la tête », habiter tous ses instants, harceler ses résistances, éprouver ses nerveuses impatiences, et l’empêcher de vivre par le mal-être qu’elle va causer. C’est juste la méthode qu’utilise le corps pour pouvoir se débarrasser définitivement de cette pensée. Mais la personne le vit comme une agression, ce qui ne fait que nourrir encore plus sa pensée d’un surplus de négativité, qu’elle va réussir, par des moyens licites comme illicites, à faire sortir de sa tête. Elle se croit tout à coup libérée de cette pensée, alors qu’elle n’a fait qu’à nouveau l’oublier en l’abandonnant encore dans une partie de son corps. Ainsi nourri régulièrement, l’édifice de la pensée va croître et prendre de plus en plus d’espace dans le corps qui va lancer de plus en plus de signaux désespérés à la tête.

Heureusement (petit aparté impertinent), la société de consommation a trouvé une sublime parade par l’entremise des laboratoires pharmaceutiques qui en ont fait un business hyper rentable. Au lieu de s’occuper de la cause de la douleur, ils s’occupent de la douleur elle-même. Ils ont traduit la multitude de messages envoyés par le corps comme les signes annonçant les terribles maladies qu’ils ont créées de toute pièce. Ils soignent en anesthésiant les signaux et illusionnent ainsi la personne sur une supposée libération. Mais que nenni. On ne libère pas la vache à lait. Chaque pensée de base est toujours là témoignant de l’emprisonnement de la personne dans son éclatement aveuglé d’inconscience. Chacune a sa concrétisation sur des carnets médicaux devenus de véritables Curriculum Vitae pour des patients en manque de reconnaissance. Les bourreaux ont fini par anoblir leurs victimes.

La douleur est envisagée comme un corps étranger à son propre corps. La définissant ainsi, l’Être crée une séparation en lui, en ce qui Est. Car qu’on le veuille ou non, ce qui est, Est. Et la douleur fait partie du Soi au moment où on la perçoit. Même si c’est une conception mentale, créée de toute pièce par le corps, pour signifier son profond désaccord sur la présence d’une autre conception mentale, qui a été enkystée dans ses chairs, tout vient du Soi, donc de l’Un. Et donc cette douleur n’existe qu’à partir du moment où on a quitté notre Unité.

La retrouver passe inévitablement par l’incarnation de cette douleur pour ne faire qu’un avec elle. Car la douleur est une invitation, une solution proposée par le corps, une porte d’accès vers une libération. Refuser la douleur, c’est se refuser la solution de s’en libérer. La douleur est une clé.


Dominique Loquin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *